Comment avez-vous rencontré
Arno ? dans quelles circonstances ?
Je
l'ai rencontré dans le bureau d'Humanoides associés, présenté par Jean Pierre
Dionnet. Ayant travaillé avec le maître des maîtres, Moebius (pour l'Incal),
j'avais souhaité pour m'éprouver travailler avec un jeune dessinateur inconnu.
Arno est arrivé, il avait vingt ans. Son père ayant été diplomate au Chili,
il parlait parfaitement l'Espagnol. Les croquis qu'il m'a montré révélaient
un véritable talent. Nous nous sommes mis à travailler ensemble immédiatement.
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Comment avez-vous
décidé de travailler ensemble sur Alef-Thau ?
Vu la différence d'âge, j'aurais parfaitement pu être
le père d'Arno. J'ai eu l'intuition, comme si j'avais regardé un fils,
des problème psychologiques d'Arno et de son immense désir d'être. Ses
parents étaient divorcés, et son enfance et son adolescence étaient malheureuses.
Par sa mère scandinave, son père français et son éducation chilienne,
il manquait de repères d'identité. Quelques années auparavant, un de mes
fils, Axel-Cristobal avait eu le même problème. En passant d'une langue
à l'autre et encore à l'autre, il ne parvenait pas à apprendre à lire.
IL avait une grande angoisse d'identité. Pour l'aider, j'ai écrit chaque
jour un petit chapitre d'un conte intitulé 'Alef-Thau' : un enfant qui
naît mutilé, qui n'est pas réel, lutte pour se faire de nouveaux membres
jusqu'au moment où il arrive à avoir une existence réelle. Axel-Cristobal
a illustré ce cahier et c'est comme ça qu'il a appris à lire. Plusieurs
années après, j'ai montré ce cahier à Arno en lui disant que nous devions
travailler sur cette histoire. L'idée l'a enchanté.
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Qu’est
ce qui vous a attiré en lui ?
Arno avait une personnalité de prince charmant. Délicieusement
enfantin, et en même temps avec la force diabolique, sans morale, de l'enfance.
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Comment
se passait votre collaboration, votre travail commun pour la réalisation
de la série ?
Arno
n'aimait pas lire. Donc je lui ai dicté toute la série d'Alef-Thau sur
des cassettes. Chapitre par chapitre. Image par image. Dialogue par dialogue.
Il prenait l'enregistrement, et l'adaptait comme il voulait.
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Pouvez-vous
me parler du personnage « Alef-Thau », ce qu’il représente ou symbolise
pour vous, pourquoi lui avoir donné vie ? dans quel but ? sa personnalité
et pourquoi, au fil des albums, Alef-Thau ressemblait de plus en plus
à Arno, est-ce volontaire de votre part ou de la sienne , inconsciemment
ou non ?
Pour
moi, Alef-Thau, qui au commencement est un absolu anti-héros, un mutilé
mû par l'amour, développe sa volonté et triomphe (un des titres clés de
la série est : le triomphe de la volonté). Arno s'est complètement identifié
avec ce personnage, mais malheureusement il a manqué de volonté. Il est
tombé dans la drogue et est devenu dépendant de l'héroïne. A partir de
ce moment-là, mon travail avec lui est devenu thérapeutique. Quand Arno
se droguait, Alef-Thau se droguait. Quand Arno avait une maîtresse, Alef-Thau
rentrait en liaison avec une autre femme que celle qu'il aimait. Etc.
J'ai essayé par tous les moyens de lui donner le goût de vivre à travers
les aventures d'Alef-Thau.
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